Après une introduction tirée du "Magicien d'Oz" et reprise par le groupe, les choses sérieuses peuvent commencer :

D'abord, un peu d'histoire, ce "live" n'est pas tiré d'un seul concert mais issu de plusieurs enregistrements de concerts allemands et japonnais, soigneusement sélectionnés et mixés par Martin Birch (lui aussi une légende). Le son, grâce au même Martin, est énorme. Cela frappe fort et le sort est très clair, avec un seul petit bémol pour nos oreilles de maintenant, la basse est un peu en retrait (je chipote).

Le premier morceaux a passer à la moulinette, "Kill the King", met le feu d'entrée : un gros riff, Cozy tape comme un sourd, ça va vite, Blackmore met un gros solo, bien secondé par Tony Carey pour une partie "double lead" guitare / clavier. Mais celui qui surprend, et ce n'est pas fini, c'est Dio. C'est incroyable qu'un aussi petit bonhomme soit doué d'une voix aussi puissante et limpide ! Il impressionne, c'est vraiment la grosse voix tout en étant claire et énorme. Point important, à l'époque "Kill the King" n'est sorti sur aucun disque ! Il ne sera que sur le suivant (et dernier avec Dio : "Long Live Rock'n'Roll") et l'on peut dire que c'est osé comme entrée en scène, mais ça fonctionne !

On poursuit avec un truc qui va devenir la marque de fabrique de Dio dans les années à venir : le Medley. Difficile de savoir si l'idée de tasser une ou deux chansons à l'intérieur d'une autre vient de lui ou de Blackmore, mais croyez moi il va en faire ! Pour ce deuxième morceau donc nous avons droit à un enchainement "Man on the silver mountain", "Blues", "Startruck", "Man on the silver mountain" du plus bel effet ! La version live de "Man..." est bien plus puissante que celle du disque, le public est ravi. L'élan est interrompu par Blackmore et Carey pour un petit solo de Blues (quand je vous dit qu'il va tout faire sur ce live) avant de rebondir sur le rock rapide de "Starstruck" (une histoire de groupie) lancé par Dio. On s'arrête une nouvelle fois et Ronnie nous fait son truc sur la reprise finale de "Man...", le fameux "I'm the man... You're the Man... We're alllllllll the mannnnnnnnnn" avec sa grosse faute d'anglais ! Bref que du très classique.

A ce point le public est dans la poche, Rainbow est chaud et tourne à fond, et là, ils vont enfoncer le clou avec la pièce maitresse de cet album : l'épique "Catch the Rainbow" et ses 15 minutes de bonheur ! Oubliez la petite balade mièvre du premier album. Difficile à expliquer, mais si vous ne devez écouter qu'un seul titre sur ce disque c'est bien celui là ! Tout y passe, après un démarrage en douceur les différentes parties s'enchainent, les musiciens varient énormément sur le volume (technique franchement oubliée et chère à l'ami Paul), break et reprises se suivent, souvent relancées par un Cozy au mieux de sa forme comme sur la relance du solo au moment ou le groupe passe du "je joue le plus bas possible" au "j'envoie toute la sauce !". Blackmore est a la fois lyrique et intouchable, c'est pour moi la plus grande partie de guitare de sa carrière, difficile de faire plus inspiré. Quand à Ronnie James Dio, monsieur Dio, il est simplement incroyable, tantôt carressant, tantôt puissant, passage à capella, imparable !

Difficile d'enchainer après "Catch the Rainbow", et donc Ritchie et sa bande choisissent judicieusement d'aligner l'obligatoire reprise de Purple à ce moment là, bonne idée. C'est donc au tour de "Mistrated" de subir le traitement "épique" (encore un quart d'heure). Si David Coverdale (cosignataire et chanteur d'origine) a bien du rigoler quand il a apprit que Rainbow avait joué cette chanson, je pense bien qu'il devait moins rire après l'avoir écoutée ! Dio nous sort la grosse voix, supporte largement la comparaison, et Dieu sait que Coverdale ne fait pourtant pas dans la dentelle. Cozy Powell est incroyable, et depuis l'intro jusqu'aux dernières notes, si vous voulez vraiment savoir ce que "lourd" veut dire jetez une oreille sur cette version.

Après ces deux chefs d'œuvres, on en revient à des brulots bien plus classiques : Rainbow nous envoi dans la figure une version explosive de son "Sixteenth Century Greensleeves", très classique mais très efficace. Evidement Ritchie le troubadour nous joue "Greensleeves" le vrai en intro. Encore une fois, rien à en dire, c'est moins original ou épique que les chansons précédentes, mais cela fait parfaitement son office, le morceau est deux fois plus long que sur l'album studio tout en étant deux fois plus rapide !

Et voila, dernière ligne droite, dernier morceaux, et encore une reprise, mais quel choc ! C'est au tour des Yardbirds de passer à la moulinette, avec "Still I'm sad" que Rainbow avait déjà mis sur le premier album en version instrumentale. Seulement voilà, ici, Dio chante et cela fait toute la différence, il est très haut et le groupe envoi tout ce qu'il reste, ça bastonne dur ! Tony Carey s'offre un solo tout seul lors d'un break au milieu, un bonne leçon de B3 bien saturé. Et puis le morceaux repart, comme si on recommençait depuis le début, et ça accélère, ça accélère, Dio envoie les vocalises, en haut, très en haut et reprends en force pour le final. Boum ! Ouf, dommage, fini !

Voilà, cet extraordinaire album est fini. Rainbow avec Dio fera encore un disque, l'excellent "Long live Rock'n'Roll" avant que Ronnie James ne rejoigne un autre guitariste de légende, tout aussi égocentrique que Blackmore, mais ceci est une autre histoire. Reste ce live, "On stage" inoubliable, notamment grâce à l'incroyable "Catch the Rainbow", témoin d'un super groupe qui tournait à plein régime.